RDC: La gouvernance publique à l’aune des 55 réunions du conseil des Ministres du Gouvernement Suminwa I

Quand la science politique, par un de ses doctorants, ouvre la boîte noire du pouvoir exécutif congolais

Un livre événement pour penser, comprendre et archiver l’action publique en RDC 

  • Il est des livres qui documentent.
  • Il en est d’autres qui dérangent.
  • Et il en est, plus rares encore, qui font date.

L’ouvrage du doctorant Julien Paluku, de science politique et acteur de la vie publique congolaise, appartient sans conteste à cette dernière catégorie. Publié chez L’Harmattan, RDC. La gouvernance publique à l’aune des 55 réunions du Conseil des ministres du Gouvernement Suminwa I n’est pas seulement un livre : c’est un acte de mémoire institutionnelle, une archive stratégique et une innovation scientifique majeure dans l’histoire politique de la RDC

Cette note de lecture socio anthropologique, la recension critique signée par Michel Bisa Kibul, Moluki pe Motangisi, propose une plongée dense, critique et passionnée au cœur d’un ouvrage de 735 pages, réparties en deux tomes, préfacé par le Vieux Professeur Emile Bongeli et consacré à l’analyse minutieuse de 55 réunions du Conseil des ministres, tenues entre le 12 juin 2024 et le 8 août 2025, sous le Gouvernement Suminwa I.

Le Conseil des ministres devient-il un objet scientifique ?

Depuis 1960, le Conseil des ministres en RDC est longtemps demeuré une instance fermée et hautement confidentielle, dont les conclusions sont généralement communiquées au public sous forme de communiqués succincts, relayés par la voix officielle du porte-parole du Gouvernement. Dans l’opinion publique, cette communication institutionnelle est parfois perçue avec scepticisme, alimentant un climat de méfiance et de spéculation. Vous savez, les politiciens sont toujours suspect et suspectable.

Dans l’imaginaire collectif, les réunions du Conseil des ministres sont souvent entourées de mystère, voire de fantasmes, et assimilées à des cercles fermés où se décideraient, loin du regard du citoyen, des orientations majeures de l’État. Cette perception est renforcée par le dispositif sécuritaire visible chaque vendredi : policiers, militaires et agents de sécurité, parfois en civil, portant des équipements de communication, chargés de la protection des autorités et de la sécurisation des lieux. Nous les voyons en costumes, lunettes anti-soleils, Motorola, ils regardent par ci et par là, donnent l’impression d’être déjà en colère sans avoir été provoqué et qu’ils sont prêt même à tuer un imprudent,…Leur posture, leur vigilance et leur discrétion traduisent les exigences du renseignement, de la prévention des menaces et de la sûreté des institutions, indispensables au fonctionnement d’un État. Toutefois, pour une partie de la population, cette atmosphère très contrôlée alimente des interrogations : quels secrets sont ainsi protégés ? Pourquoi une telle distance entre le Gouvernement et le peuple qu’il est censé servir ? les Réunions du Conseil ne sont-elles pas les rencontre des sorciers, féticheurs et occultistes ? Ne bouffent-ils pas les gens ?

Il est vrai que, dans tous les États modernes, certains espaces décisionnels relèvent de la confidentialité stratégique, notamment lorsque sont abordées des questions de sécurité nationale, de diplomatie ou de stabilité politique. Ces lieux ne sont pas occultes, mais simplement réservés aux responsables légalement habilités. Pour une fois, à travers une initiative scientifique, purement scientifique, le doctorant Julien Paluku qui est aussi Membre du Gouvernement, nous invite à lever partiellement le voile sur cet univers institutionnel. Nous découvrons alors un Conseil des ministres moins mythique que réel : un espace de travail marqué par les angoisses, les inquiétudes, les colères du Chef de l’Etat, les instructions fermes, les propos durs d’une Première ministre qui tient aux résultats, les débats, les arbitrages du Chef de l’État et de la Première ministre, confrontés aux défis complexes de la gouvernance du pays.

Le public, depuis les temps très anciens, soupçonne toujours les politiciens. Ils sont suspects.

Julien Paluku rompt avec cette tradition. Pour la première fois, les décisions gouvernementales sont :

  • documentées,
  • contextualisées,
  • analysées,
  • archivées,
  • et surtout rendues lisibles pour les chercheurs, les étudiants, les décideurs et les citoyens.

L’auteur écrit depuis l’intérieur même de la “boîte noire” du pouvoir exécutif. Il assume une posture rare et périlleuse : celle de l’observation participante embarquée, où le chercheur est à la fois acteur et analyste, sujet observant et objet observé. En socio-anthropologie politique, cette position est précieuse… mais exigeante. Elle demande courage, rigueur et lucidité. Pari tenu, bravo cher Doctorant.

Deux tomes pour penser la décision publique

Tome 1 : Les préliminaires de l’action gouvernementale

Préfacé par le Professeur Émile Bongeli, théoricien de “l’État-bébé”, le premier tome pose les fondations intellectuelles et institutionnelles de l’action gouvernementale. Le Gouvernement y est analysé comme un système de production de décisions, situé entre conception politique et mise en œuvre technique. On y découvre notamment :

  • le cadre programmatique de l’action publique,
  • les ressources financières mobilisées,
  • les contraintes conjoncturelles de l’État,
  • et une épistémologie de la guerre.

Ce tome met en lumière des acquis du Gouvernement Suminwa I, parmi lesquels :

  • la Loi sur l’aménagement du territoire,
  • le Fonds national de la recherche scientifique et de l’innovation technologique,
  • l’Incubateur du Génie scientifique congolais,
    autant d’infrastructures invisibles de l’État, aussi essentielles que les routes et les ponts.

Tome 2 : L’interactivité décisionnelle et les instructions présidentielles

Le second tome restitue la dynamique interne du pouvoir exécutif et propose une synthèse remarquable de 150 instructions phares du Président de la République. Leur lecture révèle une haute intelligibilité stratégique, confirmant que le défi congolais n’est pas celui de l’imagination politique, mais bien celui de la traduction opérationnelle.

Le cœur scientifique du livre : la question de l’exécution

Là où l’ouvrage devient particulièrement fécond, c’est dans la mise en évidence d’un contraste saisissant : des décisions intelligentes, cohérentes, rationnelles…

Face à une exécution souvent décevante sur le terrain. C’est ici qu’aux dires de Michel Bisa Kibul, Théoricien de la Vampirisation de l’Etat, commence la vraie science politique, celle des écarts entre le texte et le réel, entre la décision et son application. Grâce à ce livre, le regard des chercheurs est déplacé : la conception étant désormais documentée, il faut interroger :

  • les routines bureaucratiques,
  • les résistances silencieuses,
  • les jeux et enjeux d’acteurs,
  • les zones d’incertitude,
  • l’éthique et la moralité dans les affaires étatiques,
  • le suivi-évaluations-sanctions

Gouverner, rappelle implicitement l’ouvrage, ce n’est pas seulement décider.

C’est négocier avec le réel. C’est s’assurer de l’exécution des décisions. Michel Bisa a ainsi demandé et obtenu de la première ministre une évaluation-sanction.

L’âme politique du Gouvernement Suminwa I

À travers les 55 réunions analysées, pour Michel Bisa, six grandes finalités structurent l’action gouvernementale :

  1. Mettre fin à la guerre et à l’impuissance de l’État ;
  2. Mettre fin à la faim ;
  3. Combattre les antivaleurs ;
  4. Réhabiliter les infrastructures et industrialiser localement ;
  5. Restaurer l’autorité de l’État et l’État de droit ;
  6. Lutter contre la clochardisation des citoyens, des militaires et des fonctionnaires.

Le livre montre un État qui pense, anticipe, étudie mais dont certaines décisions souffrent encore de l’opérationnalisation. Il appelle désormais à un complément indispensable : l’évaluation systématique des politiques publiques.

Un livre qui appelle débat… et suite

L’ouvrage n’est pas exempt de limites. Sa bibliographie, largement dominée par des références occidentales et juridiques, laisse dans l’ombre plusieurs politologues congolais comme Emile Bongeli, Guy Aundu, Héritier Mambi, Michel Bisa Kibul, Eli Ngoma-Binda, Godet Atshuel, Dédé Watchiban... Une invitation claire est lancée à l’auteur : opérer, dans les prochaines éditions, un rééquilibrage épistémologique et poursuivre l’exercice sur l’ensemble des gouvernements congolais depuis 1960.

Car ce livre appelle une suite.

Il ouvre un champ de recherche inédit. C’est ainsi qu’immédiatement après la cérémonie de vernissage par La chef du Gouvernement, le Professeur Dr Antoine Tshimpi Wola dit ceci :

« Chers collègues, chers amis,

Je viens d’assister au vernissage de l’ouvrage en deux tomes de Julien Paluku… La solennité scientifique faisait vibrer les tripes ; ce fut un véritable festin scientifique, pas politique. Beaucoup de politiques ont sans doute réajusté leurs curseurs, au point de rêver de devenir chercheurs.

Julien Paluku parle en scientifique, témoin actif “inside” de l’action gouvernementale. Que ça fait du bien de découvrir que lors des Conseils des ministres, les ministres ne font pas que jouer, ils travaillent aussi — et souvent très durement.

Cet ouvrage permet au Congolais lambda de faire intrusion, même par procuration, dans l’univers décisionnel du sommet de l’État. C’est là son immense intérêt. À lire absolument.

Un véritable champ de recherche vient d’être ouvert. Qui a dit qu’en RDC, les chercheurs ne pouvaient être appréciés des politiques ? »

Pourquoi lire (et acheter) ce livre ?

  • Parce qu’un État sans mémoire est un arbre sans racines.
  • Parce que l’oubli coûte toujours plus cher que l’archivage.
  • Parce que ce livre est un pont entre le pouvoir politique et le savoir critique.

Étudiants, chercheurs, fonctionnaires, artistes, citoyens : appropriez-vous ces décisions, discutez-les, traduisez-les, chantez-les, archivez-les.

Un livre pour comprendre le présent, penser l’État… et préparer l’avenir.

Cellule de Communication et vulgarisation scientifique de l’OG

Dr. Nadia Kapinga Kayembe, Ph.D.

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