Nature et progrès des sciences à l’ère des intelligences artificielles
Le jeudi 22 janvier 2026, l'Observatoire de la Gouvernance a accueilli une rencontre intellectuelle (festin scientifique) autour du thème “Nature et progrès des sciences à l’ère des intelligences artificielles”. Chercheurs, apprenants et passionnés de technologie et des sciences se sont réunis pour débattre des enjeux scientifiques et éthiques liés à l’IA, confirmant l’importance croissante de cette discipline dans le paysage académique et sociétal congolais.
Points forts des interventions
- Évolution des sciences face à l’IA : L'Ingénieur Alphonse Muluba et le Professeur Michel Bisa ont souligné que l’intelligence artificielle n’est pas une rupture totale, mais une continuité dans l’histoire des sciences, comparable à l’arrivée de l’électricité ou de l’informatique.
- Enjeux éthiques : Les débats ont porté sur la nécessité de réguler l’usage de l’IA afin d’éviter les dérives, notamment dans la surveillance, la manipulation de l’information et les inégalités sociales.
- Applications locales : Plusieurs chercheurs ont insisté sur l’importance d’adapter l’IA aux réalités africaines, par exemple dans la recherche scientifique, la santé publique, l’éducation numérique, etc.
- Dialogue interdisciplinaire : Le festin a réuni des spécialistes en informatique, Médecine, Communication, Economie, sciences sociales et droit, favorisant une approche globale des questions soulevées.
L’intervention du Professeur Michel Bisa
Un moment fort de la rencontre fut l’exposé du Professeur Michel Bisa, qui a replacé la réflexion sur l’IA dans une perspective épistémologique. Son intervention a exploré la manière dont les grands penseurs de la science ont conceptualisé le progrès et la nature des savoirs :
- Karl Popper : La falsifiabilité comme critère de scientificité. À l’ère des IA, se pose la question : les modèles algorithmiques sont-ils falsifiables ou simplement performatifs ?
- Thomas Kuhn : Les paradigmes et les révolutions scientifiques. L’IA peut-elle être considérée comme un nouveau paradigme, ou comme une “science normale” qui s’inscrit dans la continuité ?
- Imre Lakatos : Les programmes de recherche. L’IA est-elle un programme progressif, capable d’accumuler des résultats, ou dégénératif, risquant de tourner en boucle sur ses propres biais ?
- Paul Feyerabend : L’anarchisme méthodologique. L’IA, en multipliant les approches et les méthodes, ne confirme-t-elle pas l’idée qu’“anything goes” dans la pratique scientifique ?
- Shomba : La contextualisation africaine des sciences. Le Professeur Bisa a rappelé que l’IA doit être pensée dans les réalités locales, en tenant compte des savoirs endogènes et des besoins spécifiques du continent.
- Jean-Pierre Olivier de Sardan : Les sciences sociales et l’approche pragmatique. L’IA, en produisant des données massives, interroge la manière dont les sciences sociales peuvent les interpréter sans perdre de vue les pratiques concrètes des sociétés.
Son intervention a posé une question centrale : “De quoi parle-t-on à l’ère des intelligences artificielles ? S’agit-il encore de science au sens classique, ou d’une nouvelle manière de produire du savoir ?”
Impact et perspectives
- Sensibilisation du public : L’activité a permis de vulgariser des concepts complexes auprès d’un public varié, renforçant la culture scientifique locale.
- Renforcement académique : Les échanges ont ouvert des pistes de recherche pour les universités congolaises, notamment sur l’intégration de l’IA dans les curricula.
- Vision d’avenir : Les participants ont été appelé à une appropriation responsable de l’IA, afin qu’elle devienne un levier de développement durable et non un facteur d’exclusion.
Cette rencontre du 22 janvier marque une étape de départ des activités scientifiques et la rentrée des journées de réflexion scientifique à l'Observatoire de la Gouvernance. Elle illustre la volonté des chercheurs et des institutions locales de ne pas rester spectateurs face à la révolution numérique mondiale. L’intervention du Professeur Michel Bisa a donné une profondeur philosophique au débat, en montrant que l’IA peut être aussi comprise en dialogue avec les grandes traditions épistémologiques.
l'O.G s’affirme comme un lieu où l’on pense l’avenir des sciences à l’ère des intelligences artificielles, avec une ambition claire : mettre la technologie au service de l’homme et du développement durable, tout en interrogeant la nature même du savoir scientifique.
Pour l'Observatoire de la Gouvernance
La cellule de communication et vulgarisation
Ir Alphonse Muluba
Enseignant-Chercheur





Journée Scientifique de l'Observatoire de la Gouvernance "O.G-UNIKIN-UPGI"