Élections en RDC : le vote peut-il encore changer la donne ?

Un nouvel ouvrage collectif décrypte les espoirs, les désillusions et les paradoxes de la démocratie au Congo-Kinshasa

Et si, malgré les irrégularités, les manipulations et les controverses qui entourent les élections en République démocratique du Congo, le vote demeurait un véritable levier de transformation politique ?

C’est la question centrale, à la fois simple et vertigineuse, que pose le nouvel ouvrage collectif "Élections au Congo-Kinshasa : entre aspirations et désillusions démocratiques", sous la codirection des professeurs Didier Pidika Mukawa, Debeau Munayeno Muvova et Jean Liyongo Empengele, avec une préface de Pierre Englebert.... Kitoko Makasi.


Loin de se limiter à dresser un réquisitoire contre les faiblesses du système électoral congolais, le livre propose de déplacer le regard. Il ne s’agit plus seulement de demander si les élections en RDC sont crédibles, transparentes ou régulières. Il faut aussi se demander ce que les citoyens peuvent encore faire du vote dans un système électoral imparfait et/ou les normes du jeu électoral aboutissent toujours aux Jeux sur les normes.

C’est là toute l’originalité de cette publication de Didier Pidika, Jean Liyongo.....


Quatre cycles électoraux, mais quelle démocratie ?


Depuis 2006, la RD. Congo a organisé quatre grands cycles électoraux : 2006, 2011, 2018 et 2023. Une régularité qui pourrait, à première vue, témoigner d’une consolidation progressive de la démocratie.

Mais derrière le calendrier électoral se cache une réalité beaucoup plus complexe.

La tenue régulière d’élections ne suffit pas, à elle seule, à garantir la légitimité des institutions. Les controverses sur les résultats, les contestations, les pratiques clientélistes, les stratégies de mobilisation et de propagande, les dysfonctionnements institutionnels ou encore les rapports de force entre acteurs politiques continuent de nourrir le doute.


La RDC vote. Mais que produit réellement le vote ?

C’est précisément cette tension entre participation électorale et désillusion démocratique que les auteurs entreprennent d’examiner.

2023 : l'élection des espoirs… et des révélations... La plus chaotiques de l'histoire nationale.

Pourtant, le scrutin de 2023 occupait une place particulière dans l’histoire politique récente du pays.

Après la première alternance politique pacifique de 2018, beaucoup espéraient voir se confirmer une nouvelle culture démocratique, accompagnée d'une plus grande stabilité institutionnelle et d'une meilleure gouvernance.

L'élection de 2023 devait ainsi être un nouveau rendez-vous avec l'histoire.

Elle a cependant également révélé la persistance de nombreuses fragilités.

À travers des analyses documentées, les chercheurs réunis dans cet ouvrage interrogent les mécanismes qui ont façonné cette compétition électorale : fonctionnement des institutions, stratégies politiques, communication, propagande, discours électoraux, profils des candidats et mobilisation des électeurs.

Le livre montre ainsi que l’élection ne se joue pas uniquement dans l’isoloir.

Elle se joue aussi dans les imaginaires, les médias, les réseaux sociaux, les discours politiques, les symboles et les stratégies de conquête du pouvoir.


Quand les images font campagne?

L’un des intérêts de l’ouvrage est précisément de dépasser l’analyse classique des élections centrée sur les résultats et les chiffres.

Une campagne électorale est aussi une bataille de représentations.

Les affiches, les couleurs, les slogans, les photographies, les mises en scène publiques et les stratégies de communication visuelle participent à la construction de l’image des candidats.

Qui paraît présidentiable ? Qui paraît proche du peuple ? Qui incarne le changement ? Qui prétend représenter la stabilité ?

Autant de questions auxquelles les citoyens répondent parfois avant même d’avoir déposé leur bulletin dans l’urne.

L’ouvrage invite ainsi à comprendre l’élection comme un phénomène politique, mais aussi social, culturel et communicationnel.


De nouveaux acteurs entrent dans le jeu

Autre évolution importante : le paysage électoral congolais n’est plus tout à fait celui des premières élections pluralistes de l’après-transition.

De nouveaux profils apparaissent. Des candidats atypiques bousculent parfois les codes traditionnels de la compétition politique. La diaspora congolaise, de son côté, manifeste une participation qui mérite d’être analysée dans toute sa complexité.

Ces transformations posent une question essentielle : la démocratie congolaise est-elle en train de changer de visage ?

Ou assiste-t-on simplement à une modernisation des formes d’une compétition politique dont les mécanismes fondamentaux restent largement inchangés ?


Dix chercheurs pour décoder une démocratie en construction

L'ouvrage réunit les contributions de dix chercheurs : André Lubanza Mukendi, Debeau Munayeno Muvova, Didier Pidika Mukawa, Erik Kennes, Jean Liyongo Empengele, Mass Bokakandani Masomi-Ngambo, Mutach Yav Rish-Naw, Teddy Ilaka Mabolu, Yves Mikombe Ngongo et Zéphyrin M’pene Nga Luley.


Cette diversité des regards permet de croiser les approches et de considérer l’élection congolaise sous plusieurs angles.

Il ne s’agit donc pas d’un simple livre sur les élections de 2023. C’est un livre sur la démocratie congolaise elle-même.


Sur ses promesses.

Sur ses contradictions.

Sur ses acteurs.

Sur ses fragilités.

Mais aussi sur ses possibilités.


Une question dérangeante : faut-il croire encore au vote ?

C’est probablement la question la plus importante soulevée par l’ouvrage.

Lorsque les règles sont contestées, lorsque les institutions sont fragiles, lorsque les bureaux et machines de vote fonctionnent dans les rues, lorsque les cartes d'électeurs se sont effacées et lorsque les pratiques électorales font régulièrement l’objet de critiques, pourquoi continuer à voter ?

La réponse des auteurs n’est ni naïve ni fataliste.

Ils invitent plutôt à examiner la capacité réelle du vote à produire des effets sur la gouvernance, même lorsque le processus électoral est imparfait.

Car renoncer au vote au motif que le système est imparfait pourrait aussi signifier abandonner l’un des rares espaces institutionnels permettant aux citoyens d’exprimer leurs préférences, de sanctionner certains acteurs et de tenter d'influencer l'orientation du pouvoir.


La question devient alors moins : « Les élections sont-elles parfaites ? » Et davantage : « Que peuvent encore produire les élections dans un système démocratique en construction ? »


Un livre à mettre entre les mains de ceux qui veulent comprendre la RDC

À destination des étudiants, chercheurs, journalistes, acteurs politiques, organisations de la société civile, professionnels des médias et citoyens désireux de mieux comprendre leur pays, Élections au Congo-Kinshasa : entre aspirations et désillusions démocratiques propose une lecture accessible mais exigeante d’une réalité politique particulièrement complexe.


L’ouvrage permet surtout de dépasser les réactions immédiates suscitées par chaque scrutin pour poser des questions de fond sur l’État, la représentation politique, la citoyenneté, la gouvernance et la construction démocratique en RDC. Il rappelle une réalité essentielle : une démocratie ne se construit pas uniquement le jour du vote.


Elle se construit dans les institutions, dans les pratiques politiques, dans la relation entre gouvernants et gouvernés, dans l’espace public et, surtout, dans la capacité des citoyens à croire que leur participation peut encore produire un changement.


Deux ouvrages, une même interrogation sur la gouvernance électorale

Cette publication intervient d’ailleurs dans un contexte académique particulièrement stimulant à l’Université de Kinshasa.

La Faculté des sciences sociales, politiques et administratives de l’UNIKIN, chère au Doyen Héritier Mambi, vient également de publier un ouvrage collectif consacré à La gouvernance électorale en RDC : Gouvernance électorale en RDC. Des normes du jeu aux jeux sur les normes, publié chez Academia à Louvain-la-Neuve en 2026, sous la codirection de Michel Bisa, Abbel Ngondo, Nadia Kapinga, Célestin Musao, Ferdinand Kapanga, Germain Mubenga, Bienfait Kambale, Luapitshi, Célestin Katubadi, Jérôme Mungukende, Tshequi Mabuya, Muyense Nteyemana et Kanyantu Monga, avec les chercheurs de l’Observatoire de la Gouvernance (OG).

Vendu à 60 USD à Kinshasa, cet ouvrage complète utilement la réflexion en s’intéressant aux règles qui encadrent le jeu électoral, mais aussi à la manière dont les acteurs politiques et institutionnels peuvent jouer avec ces mêmes normes.


Deux livres, deux portes d’entrée, une même préoccupation : comprendre pourquoi, après plusieurs cycles électoraux, la démocratie congolaise peine encore à transformer les aspirations citoyennes en institutions pleinement légitimes et efficaces.


À découvrir

Élections au Congo-Kinshasa : entre aspirations et désillusions démocratiques

Sous la codirection de Didier Pidika Mukawa, Debeau Munayeno Muvova et Jean Liyongo Empengele

Préface de Pierre Englebert

Avec les contributions de dix chercheurs.

Un ouvrage pour comprendre les élections au-delà des résultats. Et la démocratie au-delà des élections.

Michel Bisa Kibul

Moluki pe Motangisi

dans News
Se connecter pour laisser un commentaire.
À l'Hôtel Memling, l'IGSC/APGSC et la Fondation Konrad Adenauer mettent 30 prototypes de la Robotique, IA et Informatique sur les rails pour bâtir le Congo debout, créer des emplois et apporter des solutions aux défis réels de la société