Quand l'UNIKIN réinvente le savoir

Un rendez-vous avec l'histoire épistémologique du Congo

Du 26 au 28 octobre 2026, le LAPODEV réunira à Kinshasa les chercheurs engagés dans la (re)construction d'une pensée africaine debout.

Une invitation qui engage la responsabilité

Le Laboratoire d'Anthropologie Politique, du Développement et d'Analyse des Vulnérabilités (LAPODEV), récemment agréé par le Ministère de l'ESURSI, m'a fait l'honneur de m'inviter comme orateur principal au Colloque national inter-universitaire qui se tiendra du 26 au 28 octobre 2026 à l'Université de Kinshasa..

Cette sollicitation, je la reçois moins comme un privilège individuel que comme une injonction civique adressée à l'ensemble de la communauté scientifique congolaise. Elle intervient à un moment où notre pays traverse une confluence de crises systémiques qui défient les cadres interprétatifs hérités.

Le thème retenu: « (Re)penser le politique, les vulnérabilités et le développement inclusif en RDC » n'est pas une simple entrée académique parmi d'autres. Il constitue, à mes yeux, une véritable déclaration d'intention épistémologique portée par une jeune structure animée par une exigence de rigueur.

Le format hybride retenu: présentiel à l'UNIKIN et visioconférence témoigne d'une volonté d'inclusion. Il permettra à des chercheurs des provinces les plus éloignées de prendre part à cette arène commune sans se heurter aux contraintes logistiques habituelles.

Je reviendrai ici sur trois dimensions qui me semblent déterminantes : la rupture épistémologique affichée, l'architecture conceptuelle en trois piliers et l'organisation en cinq panels. Je conclurai par un appel à contribution à destination de la communauté scientifique.

Le LAPODEV, ou l'audace d'une rupture épistémologique

Ce qui distingue d'emblée l'initiative du LAPODEV, c'est le refus affiché de l'extraversion scientifique que Paulin Hountondji dénonçait il y a près de trois décennies. Il ne s'agit plus de consommer des cadres théoriques conçus ailleurs, mais de produire du savoir endogène à partir des réalités africaines.

L'appel à communications cite explicitement V.Y. Mudimbe et son ouvrage fondateur The Invention of Africa, rappelant que la pensée africaine reste prisonnière d'une « bibliothèque coloniale » qu'il importe de déconstruire méthodiquement.

Cette posture implique un décloisonnement disciplinaire radical. Les paradigmes macroéconomiques descendants (top-down) ont échoué à saisir l'hétérogénéité des dynamiques microsociologiques locales. Sortir de cette impasse exige de nouveaux cadres intelligibles.

L'arrêté ministériel n°181/MINESURSI/CAB.MIN/SASM/MMK/2026 qui agrée le LAPODEV n'est donc pas un acte administratif anodin. Il consacre une structure dédiée à la recherche fondamentale et à la recherche-action, dans une perspective interdisciplinaire et holistique.

Trois piliers conceptuels pour penser le Congo

  • L'agir politique par le bas

Achille Mbembe nous a appris que l'État en Afrique ne se réduit pas à ses institutions formelles. Les pratiques quotidiennes de débrouille, d'arrangement et de négociation réinventent sans cesse l'espace public congolais.

  • La vulnérabilité comme construction sociale

Suivant Robert Castel, être vulnérable en RDC n'est pas une fatalité naturelle mais le produit d'un choix macroéconomique et d'une absence de filets de protection sociale durables. Cette lecture déplace la question de la compassion vers celle de la justice.

  • Le développement par les capabilités

Amartya Sen nous invite à juger le développement non par le PIB mais par l'expansion des libertés réelles. Un développement n'est inclusif que s'il élargit les capacités des individus à choisir la vie qu'ils valorisent.

Une architecture intellectuelle en cinq panels

Le colloque s'articule autour de cinq panels qui constituent autant d'unités de recherche du LAPODEV. Cette architecture traduit une ambition : couvrir l'ensemble du champ des sciences humaines et sociales appliqué au cas congolais.

  • Panel 1: Appréhender l'objet politique en RDC, en rompant avec les paradigmes eurocentrés de l'« État failli » pour saisir l'entrepreneuriat politique et l'économie morale du pouvoir.
  • Panel 2: Analyse des vulnérabilités multidimensionnelles, où les marges deviennent des laboratoires politiques et non des espaces d'anomie.
  • Panel 3: Critique empirique du développement comme « fait social total », ouvrant la boîte noire des projets pour faire émerger une justice cognitive.
  • Panel 4: Cultures, patrimoines et environnement, contre les modèles occidentaux de conservation dits « forteresses » qui excluent les populations autochtones.
  • Panel 5: Épistémologie, méthodologies et défis des SHS en RDC, pour déconstruire les catégories héritées de la bibliothèque coloniale.

Cette cartographie disciplinaire couvre l'essentiel du champ des sciences humaines et sociales appliqué au cas congolais. Elle traduit une ambition rarement vue dans nos universités : penser ensemble ce que l'histoire académique a trop souvent disjoint.

Un devoir scientifique envers l'UNIKIN et la jeunesse

J'ai accepté cette invitation par conviction que la parole professorale ne saurait demeurer confinée dans les amphithéâtres. Elle doit irriguer l'espace public et nourrir le débat citoyen, surtout en des moments de fragmentation nationale.

Ma présence à ce colloque répond aussi à un devoir institutionnel envers l'UNIKIN, notre Alma Mater, et envers la jeune génération de chercheurs. Les doctorants et mastérants qui s'engagent aujourd'hui dans les sciences humaines méritent des aînés disponibles, exigeants et audacieux.

Je formule le vœu que cet événement fondateur pose les jalons d'une refondation durable de la recherche congolaise. La rigueur intellectuelle, l'éthique du terrain et la restitution des savoirs doivent devenir nos signatures communes.

Appel à contribution : soyez de ce rendez-vous

Le LAPODEV encourage activement les soumissions issues de tous les corps de la recherche : mastérants, doctorants, assistants, acteurs de la société civile, décideurs publics, experts, enseignants-chercheurs juniors et seniors. Jusqu'à deux contributions distinctes peuvent être soumises, à condition qu'elles s'inscrivent dans des panels différents.

Modalités pratiques & calendrier

Diffusion de l'appel : 07 septembre - 07 octobre 2026

Date limite de soumission : 07 octobre 2026

Notification d'acceptation : 10 octobre 2026

Tenue du colloque : 26 - 28 octobre 2026 (UNIKIN, format hybride)

Lieu : Université de Kinshasa, Home 30 - Kinshasa / R.D. Congo

Soumissions à adresser au Secrétaire scientifique : norbert.kalindula@unikis.ac.cd ||norbertkalindula@gmail.com || ​​abertinbeya@yahoo.fr || ​​basile.osokonda@gmail.com || labodev.univ@gmail.com

Résumé attendu : 300 à 500 mots en français, problématique + terrain + méthodologie + résultats attendus, 4 à 5 mots-clés, notice biographique.

Perspectives

Au-delà de l'événement, ce colloque pose une question structurante : quelle place pour les sciences humaines congolaises dans la production mondiale du savoir ? La réponse dépendra de notre capacité collective à tenir la distance, à institutionnaliser nos laboratoires et à former la relève.

Je convie donc tous les chercheurs soucieux de l'avenir intellectuel de la RDC à se saisir de cette opportunité. La parole libre, rigoureuse et engagée est aujourd'hui plus que jamais une urgence épistémologique et civique.

Prof. Michel BISA

Moluki pe Motangisi

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