Ebola en RDC : Cette nouvelle épidémie nous échappe-t-elle ?

« Jusqu’ici il n’y a aucun cas confirmé d’Ebola ni dans le bateau de Maluku, ni à Mbanza-Lemba, ni dans les hôpitaux de l’UNIKIN » – Jean-Jacques Muyembe

Au 4ème Congrès international sur les stratégies et  enjeux du développement durable (CISEDD4), le Professeur Jean-Jacques Muyembe Tamfum ; Tombeur d’Ebola a expliqué et rassuré la communauté Kinoise et nationale.

En effet, la RD. Congo connaît une nouvelle épidémie de maladie à virus Ebola. Mais cette fois, quelque chose est différent. Le virus ne semble pas seulement revenir : il se propage à une vitesse et dans des proportions que le pays n’avait encore jamais connues. En effet, au 17 août 2026, les autorités sanitaires rapportaient 4 945 cas confirmés et 2 325 décès, soit une létalité d’environ 47 %. L’épidémie de 2026 a ainsi dépassé, en nombre de décès, celle de 2018-2020 et est devenue la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC. Mal ’heureusement, l’intérêt des politiciens est ailleurs : dans le dialogue de positionnement, guerres inutiles et débats constitutionnels.

Derrière ces chiffres se cachent des familles endeuillées, des agents de santé épuisés, des communautés inquiètes et un système de surveillance qui peine à suivre la vitesse de propagation du virus.

Mais pourquoi Ebola revient-il régulièrement en RDC ? Et surtout, pourquoi cette épidémie semble-t-elle aujourd’hui si difficile à contrôler ?

Une histoire qui commence en 1976.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir près de cinquante ans en arrière.

C’est en 1976, dans l'ancien Zaïre, que le virus Ebola a été identifié pour la première fois. Pendant près de deux décennies, le pays a ensuite connu une longue période sans grande flambée documentée. Puis survient l'épidémie de Kikwit en 1995. Le professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, l'un des scientifiques associés à la découverte et à l'étude du virus Ebola depuis 1976, est alors appelé par Monseigneur Edouard Mununu, alors Eveque de Kikwit, pour participer aux investigations.

Kikwit marque un tournant

On découvre notamment que le virus peut provoquer des flambées importantes dans des environnements qui ne correspondent pas à l'image que l'on se faisait initialement d'Ebola.

Puis, au fil des années, les foyers réapparaissent : en 2007 à Mweka, dans le Kasaï, puis dans différentes régions du pays. Depuis, la RDC est devenue l'un des pays les plus expérimentés au monde dans la lutte contre Ebola.

Mais cette expérience ne signifie pas que le virus est devenu facile à contrôler. Au contraire. Le virus ne disparaît jamais vraiment. Une question revient souvent : pourquoi Ebola revient-il toujours en RDC ? Une partie de la réponse se trouve dans notre environnement. Les virus Ebola sont des virus zoonotiques : ils peuvent passer de l'animal à l'être humain. Les chauves-souris sont considérées comme des réservoirs naturels probables pour certains filovirus, tandis que d'autres animaux sauvages peuvent être infectés.

La première transmission se fait donc généralement de la faune sauvage vers l'être humain. Ensuite, le virus peut passer d'une personne à une autre. C'est là que commence véritablement l'épidémie. Et plus les humains sont en contact étroit avec la faune sauvage, plus les occasions de voir apparaître de nouveaux foyers peuvent augmenter.

Déforestation, exploitation minière, déplacement des populations, pénétration de nouvelles zones forestières, commerce et mobilité : les transformations de notre environnement modifient les conditions dans lesquelles les humains, les animaux et les virus se rencontrent.

Il faut donc regarder Ebola non seulement comme un problème médical, mais aussi comme un problème écologique et social.

La RDC a un autre défi : sa taille et l’état de lieu de ses infrastructures

Il y a également une réalité très congolaise qu'on oublie parfois lorsqu'on regarde une carte depuis Kinshasa. La RDC est immense aux infrastructures endommagées.

Lorsqu'un patient tombe malade dans une zone rurale très éloignée, le prélèvement destiné au laboratoire de référence doit parfois parcourir une longue distance avant d'arriver à Kinshasa. L'INRB, à Kinshasa, joue un rôle majeur dans le diagnostic de référence. Lors de la confirmation de l'épidémie actuelle, l'OMS a notamment indiqué que les analyses réalisées par l'INRB avaient confirmé la présence du virus Bundibugyo dans les premiers échantillons provenant de l'Ituri.

Mais entre le moment où un malade tombe malade et celui où son échantillon est analysé, du temps peut s'écouler. Et en matière d'Ebola, le temps est une arme à double tranchant. Chaque heure de retard peut signifier de nouveaux contacts. De nouveaux contacts signifient de nouvelles chaînes de transmission. Et lorsque les cas apparaissent dans des zones difficiles d'accès, dans un contexte d'insécurité ou de déplacements massifs de populations, la surveillance devient encore plus compliquée.

Le vrai problème : quand on ne sait plus qui a contaminé qui

Une épidémie est relativement plus facile à contrôler lorsque les équipes de santé savent où se trouve le malade, avec qui il a été en contact, où ces contacts se trouvent, qui présente des symptômes et comment interrompre la chaîne de transmission ?

Mais lorsque de nombreux malades apparaissent sans lien connu avec des cas précédemment identifiés, le travail des équipes devient beaucoup plus difficile. C'est précisément l'une des caractéristiques les plus inquiétantes de l'épidémie actuelle. Des sources internationales rapportent qu'une très grande proportion des nouveaux cas ne peut pas être reliée à des chaînes de transmission déjà connues. Autrement dit : le virus circule dans des endroits où les équipes de surveillance ne le voient pas encore.

C'est ce qui donne cette impression que l'épidémie « nous échappe ». Une souche différente : le virus Bundibugyo

L'épidémie actuelle est causée par le virus Ebola Bundibugyo. Ce détail est extrêmement important. Contrairement à l'espèce Zaïre, contre laquelle il existe des vaccins et des traitements spécifiques autorisés, il n'existe actuellement pas de vaccin ou de traitement spécifique homologué contre le virus Bundibugyo. Des candidats vaccins et des approches thérapeutiques sont toutefois étudiés.  Cela change considérablement la riposte.

On ne peut donc pas simplement reproduire à l'identique les stratégies utilisées lors des précédentes épidémies. Et pourtant, une chose demeure fondamentale : les principes classiques de santé publique restent notre première ligne de défense.

Alors, comment soigne-t-on les malades ? Une idée dangereuse circule parfois : « S'il n'existe pas de médicament contre cette souche, pourquoi emmener les malades à l'hôpital ? » La réponse est simple : l'absence de traitement antiviral spécifique ne signifie pas l'absence de soins.

Un patient atteint d'Ebola peut souffrir de déshydratation, de troubles rénaux, de déséquilibres électrolytiques et de nombreuses autres complications.

L'isolement permet également de protéger les proches et le personnel soignant en réduisant les contacts susceptibles de transmettre le virus. Autrement dit, l'hôpital ne sert pas seulement à « donner un médicament contre Ebola ». Il sert aussi à sauver le malade autant que possible et à empêcher le virus de continuer à circuler.

C'est pourquoi le diagnostic précoce, l'isolement, les soins de soutien, la protection des agents de santé, la recherche des contacts et les enterrements sécurisés restent essentiels.

L'OMS insiste d'ailleurs sur l'importance de renforcer simultanément la surveillance, la recherche des contacts, la prise en charge clinique et l'engagement communautaire.

Comment Ebola se transmet-il ?

Il faut également combattre une autre peur : celle d'un virus qui se transmettrait facilement dans l'air comme une grippe. Ce n'est pas le mode de transmission reconnu d'Ebola.

La transmission interhumaine se fait principalement par contact direct avec le sang ou certains fluides corporels d'une personne infectée, particulièrement lorsqu'elle présente des symptômes, ainsi qu'avec les corps de personnes décédées contaminées.

Cela peut concerner notamment les vomissures, le sang, les selles, les urines, les sécrétions, les spermes et autres jouissances secrètes par la femme/homme et d'autres liquides biologiques.

La transmission sexuelle peut également persister après la guérison chez certains survivants, ce qui nécessite une prise en charge et des conseils spécifiques. Cela ne signifie donc pas qu'il faut vivre dans la panique. Cela signifie qu'il faut connaître les bons comportements. Éviter les contacts avec les fluides corporels d'une personne malade. Ne pas manipuler un cadavre suspect. Signaler rapidement les symptômes. Respecter les mesures d'isolement. Et surtout, ne pas cacher un malade par peur du centre de traitement.

Pourquoi l'Ouganda a-t-il mieux contenu certains cas ?

La comparaison avec l'Ouganda est particulièrement intéressante. Lorsque des cas de virus Bundibugyo ont été détectés en Ouganda en 2026, la réponse rapide a permis d'empêcher une propagation communautaire importante. Les deux pays ont pourtant été confrontés au même virus.  

Alors pourquoi la situation est-elle si différente en RDC ?

La réponse n'est pas simplement « parce que le virus est plus dangereux en RDC ». Les facteurs sont multiples : détection tardive, difficultés d'accès, mobilité des populations, insécurité, faiblesse des infrastructures, difficultés de surveillance et recherche des contacts, fatigue du personnel de santé, défiance d'une partie de la population et désinformation.

La science médicale ne peut pas, à elle seule, résoudre tous ces problèmes. Une épidémie se combat aussi avec des routes, des laboratoires, des moyens de transport, des agents de santé payés, des systèmes de surveillance efficaces, une bonne communication de crise qui évite la crise de communication et la confiance de la population.

Et si le prochain grand virus venait encore de chez nous ?

C'est probablement l'un des messages les plus importants du professeur Muyembe.

La RDC est un immense laboratoire naturel de biodiversité. Cette biodiversité est une richesse extraordinaire. Mais elle peut aussi exposer les populations à des agents pathogènes qui circulent chez les animaux et qui peuvent franchir la barrière entre espèces.

La multiplication des épidémies observées ces dernières années doit donc nous pousser à penser autrement. Ebola, Mpox, Covid-19, peste et d'autres maladies infectieuses ne sont pas des problèmes complètement séparés. Ils posent une même question : « sommes-nous suffisamment préparés à détecter le prochain virus avant qu'il ne devienne une épidémie ? ». Le professeur Muyembe alerte depuis longtemps sur le risque de voir émerger de nouvelles maladies infectieuses.

Ce n'est pas nécessairement une prédiction selon laquelle « la prochaine pandémie viendra forcément de la RDC ». C'est plutôt un avertissement scientifique : dans un monde où les humains, les animaux, les écosystèmes et les déplacements sont de plus en plus connectés, une maladie émergente peut rapidement dépasser les frontières.

Et Kinshasa ?

Face à chaque rumeur, la première réaction est souvent la peur.

Dans les échanges rapportés lors de la conférence, des questions ont notamment porté sur de supposés cas à Mbanza-Lemba et sur un bateau arrivé à Maluku.

Le message essentiel du professeur Muyembe était alors celui-ci : ne pas confondre suspicion et confirmation. Pour le bateau évoqué, il indiquait que les analyses réalisées n'avaient pas confirmé de cas d'Ebola.

Concernant les personnes présentant des symptômes à Kinshasa, il soulignait également qu'une fièvre hémorragique peut avoir plusieurs causes et qu'un cas suspect doit être confirmé par le laboratoire. Cette distinction est capitale. Un cas suspect n'est pas un cas confirmé. En période d'épidémie, une rumeur peut se propager plus vite qu'un virus. C'est pourquoi les informations concernant d'éventuels cas à Kinshasa doivent être vérifiées auprès des autorités sanitaires et des institutions compétentes, notamment le ministère de la Santé et les laboratoires de référence.

À la date de rédaction de cet article, le 18 aout 2026, les sources internationales consultées confirment l'épidémie de Bundibugyo en RDC et son extension géographique, mais toute affirmation concernant un nouveau foyer précis à Kinshasa doit être considérée comme non confirmée tant qu'une communication officielle ne l'établit pas.

La leçon de Muyembe : ne pas attendre la catastrophe

Ce que cette nouvelle épidémie nous enseigne dépasse largement Ebola. Nous devons investir dans la surveillance, rapprocher les capacités de diagnostic des zones rurales, développer des laboratoires capables d'analyser rapidement les prélèvements sur place, améliorer les routes, le transport sanitaire et la chaîne logistique, protéger et rémunérer correctement les agents de santé, renforcer la recherche congolaise et travailler avec les communautés plutôt que leur imposer uniquement des mesures venues d'en haut. Et nous devons surtout surveiller notre environnement. Parce que la prochaine épidémie ne sera peut-être pas Ebola. Elle pourrait être causée par un autre virus que nous ne connaissons pas encore.

Ne pas paniquer. Mais ne pas banaliser. C'est le meilleur équilibre à trouver aujourd'hui. Ebola est une maladie grave. L'épidémie actuelle en RDC est exceptionnellement importante et demeure hors de contrôle dans plusieurs zones, avec une transmission intense et des chaînes de contamination difficiles à retracer. L'OMS estime toutefois qu'une maîtrise reste possible si les moyens nécessaires sont mobilisés rapidement.

Il ne faut donc ni minimiser la situation, ni céder à la panique. Il faut comprendre le virus se transmet, pourquoi il réapparaît, pourquoi la géographie de la RDC complique la riposte et pourquoi les laboratoires, les agents de santé et les communautés sont aussi importants que les médicaments. Et comprendre enfin qu'une épidémie n'est pas seulement une affaire de médecins.

C'est une affaire de société

La RDC a déjà vaincu Ebola à de nombreuses reprises. Elle possède une expertise scientifique considérable et une expérience unique de la riposte aux épidémies. Mais l'expérience seule ne suffit pas.

Face à un virus qui circule rapidement, dans un pays immense, marqué par les déplacements de populations, l'insécurité et la fragilité de certaines infrastructures sanitaires, la meilleure arme reste la détection précoce, la transparence de l'information, la confiance entre soignants et communautés et une réponse rapide. La question n'est donc plus seulement : « Comment arrêter Ebola ? » La véritable question est : « Sommes-nous prêts à empêcher que le prochain virus ne devienne une pandémie ? »

Michel Bisa Kibul

Moluki pe Motangisi

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